"L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis suédois, Fredrik Reinfeldt, le 3
octobre, se serait livré à une véritable diatribe anti-musulmane devant ses invités. Selon mes sources, le chef de l’Etat (photo: Thierry Monasse) s’est lancé dans un monologue confus d’une
vingtaine de minutes, « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire», contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » et leurs
difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident. Le tout, manifestement, pour justifier son opposition à
l’adhésion de la Turquie à l’Union. Mais ses interlocuteurs, qui n’en sont toujours pas revenus, ne sont même pas sûrs de l’avoir bien compris, tant le discours était décousu et surtout hors
de propos avec l'objet de ces rencontres, la préparation du Sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre. Ils en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait
un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs.
Cette idée du "choc des civilisations" a déjà été développée, de façon plus policée, par le chef de l'Etat, dans une indifférence assez étonnante, le 27 août dernier, dans son discours aux
ambassadeurs. Il avait alors expliqué que le "premier défi, sans doute l'un des plus importants" auquel doit faire face la France est : "comment prévenir une confrontation entre
l'Islam et l'Occident? Ce n'est pas la peine d'employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu'Al Qaeda qui rêvent d'instaurer, de l'Indonésie
au Nigéria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait
pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies". Pour Sarkozy, "nous aurions tort de sous estimer la possibilité" "d'une
confrontation, entre l'Islam et l'Occident": "l'affaire des caricatures en a été un signe avant-coureur". Dès lors, la surprise de Bertie Ahern et de Fredrik Reinfeldt s'explique:
ils n'avaient sans doute pas lu ces quelques lignes."
http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2007/11/sarkozy-et-les-.html
Ce livre se veut cri d’alerte. Le cadavre du colonialisme empuantit toujours
l’atmosphère, pour paraphraser François Mauriac... Une entreprise de réhabilitation de ce système est à l’œuvre. Réactionnaires, “nostalgériques”, anciens baroudeurs des guerres de décolonisation
ont (re)commencé un travail patient et multiforme. Les laudateurs du colonialisme ont réussi le tour de force de faire passer un appareil idéologique des années 30-40-50 du siècle passé comme une
nouveauté. La loi du 23 février 2005 n’était pas un épiphénomène, mais un épisode d’un mouvement de fond dans le monde des idées, et des actes. Cette constatation ne vise en aucun cas les
historiens, avec lesquels il peut y avoir des débats, des désaccords, parfois des polémiques, mais qui appliquent les règles habituellement reconnues de la recherche historique. Aussi, face à cette
offensive, il a paru nécessaire à un collectif d’historiens de rappeler quelques acquis de la recherche historique en matière coloniale.
HISTOIRE DE LA COLONISATION :
REHABILITATIONS, FALSIFICATIONS ET INSTRUMENTALISATIONSsous la direction de Sébastien Jahan & Alain Ruscio
Editions Les Indes Savantes, collection Le Temps colonial, Paris, 2007
354 Pages — Format : 170 x 240 mm — ISBN : 978-2-84654-168-8 — Prix 32 €Contributions de Sidi Mohammed Barkat, Anissa Bouayed, Michele Brondino, Catherine Coquery-Vidrovitch, Philippe Dumont, Vincent Geisser, Mohammed Harbi, Sébastien Jahan, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Rosa Moussaoui, François Nadiras, Jean-Philippe Ould-Aoudia, Mickaëlla Perina, Delphine Robic-Diaz, Alain Ruscio, Odile Tobner, Trinh Van Thao, Jan Vandersmissen.
La France du début du XXI è siècle a la fièvre… post-coloniale. Aussi étonnant que cela puisse paraître – et que cela paraîtra aux historiens de l’avenir – le débat sur « l’œuvre de la France outre-mer » a été réactivé et a de nouveau enflammé les passions. Une loi de février 2005 – heureusement amputée de son aspect le plus choquant par la suite – a prétendu imposer aux historiens, mais aussi au public, une lecture unilatérale de l’histoire coloniale française. Epiphénomène ? Non point, affirment les auteurs de ce livre, historiens, philosophes, politologues, journalistes, responsables associatifs… Il y a bel et bien un retour de l’esprit colonial, illustré par mille et un autres petits et grands faits de la vie politique contemporaine, de la réhabilitation de certains tueurs OAS au discours de Dakar (juillet 2007), de l’insulte contre les harkis (« sous-hommes ») à l’exaltation d’une identité nationale que certains rêvent blanche et chrétienne.
S’ils dénoncent ce retour, les auteurs ne prêchent pourtant en aucun cas la repentance, ce concept né hors de la sphère de la recherche historique. Ils se contentent de rappeler à la décence les laudateurs du système. Ils exigent que les officiels de ce pays abandonnent leur morgue et regardent l’Histoire coloniale en face. Dans la France pluriethnique et pluriculturelle d’aujourd’hui, c’est un enjeu, on en conviendra, qui dépasse largement les débats académiques.
Sommaire
- Sébastien Jahan, Alain Ruscio : Introduction — Vous pourrez en lire un large extrait ici : Pour en finir avec le chantage à la repentance.
Première partie : Histoire, Mémoire(s) : enjeux
- Mickaëlla Perina : Travail d’histoire, travail de mémoire : la République à l’épreuve de son devenir
- Sidi Mohammed Barkat : Les « rapatriés » d’Algérie et le simulacre de la loi
- Gilles Manceron : L’historien et la société : le cas de l’Histoire coloniale et des comparaisons avec le nazisme
- Trinh Van Thao : La « mission civilisatrice » en question. Le système éducatif indochinois (1862-1945) est-il un échec programmé ?
- Catherine Coquery-Vidrovitch : De la culture coloniale à la postcolonialité ; le rôle de Vichy
Deuxième partie : Comment on raconte l’Histoire
- Sébastien Jahan : Histoire-épopée et mémoire sélective. Remarques sur l’historiographie du premier Empire colonial français
- Anissa Bouayed : Variations sur un thème oriental : inflexions, silences, points d’orgue et résonnances de la perception du monde arabo-musulman dans l’école laîque
- Delphine Robic-Diaz : La guerre d’Indochine revue et corrigée par le cinéma américain des années 1950
- Philippe Dumont : L’Indochine racontée aux enfants. Une histoire mal ficelée en guise d’Histoire officielle
- Odile Tobner : Une très fausse image des choses. Du droit et de la liberté de critiquer le discours dominant. Remarques préliminaires
- Alain Ruscio : Les guerres coloniales sont-elles finies ? L’activité mémorielle des réactionnaires, nostalgériques, anciens OAS, militants d’extrême-droite…
- Gilles Manceron : Hélie Denoix de Saint Marc ou la fabrication d’un mythe
- Mohammed Harbi & Gilbert Meynier : La dernière frappe du révisionnisme médiatique. Réflexions sur le livre de Georges-Marc Benamou, Un mensonge français. Retours sur la guerre d’Algérie
- Jan Vandersmissen : Cent ans d’instrumentalisation de Léopold II, symbole controversé de la présence belge en Afrique centrale
- Michele Brondino : La gestion de la fracture coloniale. Considérations sur les cas français et italien
Troisième partie : Expériences de terrain
- Jean-Philippe Ould-Aoudia : L’OAS, aujourd’hui, au cœur de la République. De la falsification à la réhabilitation
- François Nadiras : Toulon-Marignane : Histoires de plaques et de stèles. L’implication de la section toulonnaise de la Ligue des droits de l’Homme
- Rosa Moussaoui : Internet : un espace propice à la réécriture de l’Histoire
- Vincent Geisser : Le révisionnisme municipal. Montpellier sous le mandat Frêche (1977-2004)
Epilogue
- Alain Ruscio : Le fond de l’air (colonial) effraie
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Lu sur le
blog de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles.
La semaine
prochaine s'ouvre, sur l'île de Gorée, au Sénégal, le Gorée Diaspora Festival, rencontre culturelle autour de la mémoire de la traite négrière. Entretien avec le maire de la ville, Me
Augustin Senghor.
Les géométries variables de
"l'équité"
Avec la publication
des « Chants berbères de Kabylie » qu’il tenait de sa mère, le poète Jean Amrouche confia, dans sa préface, avoir eu l’impression de se dessaisir d’un « trésor privé », d’un
« bien de famille ». Mais, ajoutait-il, « il n’est pas de meilleure manière de préserver de la destruction une richesse ». Ce sont ces mots qui viennent d’abord à l’esprit à
l’écoute de ces chansons de l’immigration algérienne. Parce qu’elles aussi appartiennent à un héritage tout à la fois intime, familial et collectif.
